Œnologouine : des dégustations réservées aux femmes et aux personnes queer


Jill Wellington pour Pixabay


Delphine Aslan est caviste de formation. Elle est aussi militante LGBT et porte parole de l'association Fières.


Elle propose depuis quelques années des ateliers de dégustation à destination des femmes et personnes queers. Comme on peut le lire sur son site internet, Œnologouine, c'est quoi ?

« Des ateliers de dégustation de vins pour permettre aux queers et en priorité aux meufs de découvrir ou redécouvrir l’univers du vin en toute quiétude, sans sexisme et sans paternalisme, et de retrouver plaisir et légitimité à goûter et à parler de vins (ou de spiritueux)… dans une perspective féministe, et dans une ambiance (très) décontractée ».

Sur sa page Facebook, on peut voir dans sa description « Ateliers de dégustations de vins & spiritueux, en mixité choisie (et uniquement des vins de vigneronnes) ».


Mais qu'est ce qu'une dégustation dans une perspective féministe ? Le vin n'a t-il pas le même goût selon le sexe de celui qui le boit ? En réalité, certaines militantes reprochent aux amateurs d'utiliser un langage sexiste voire raciste. Reprenant, la thèse d'Esther Mobley, une journaliste et critique de vins américaine, elles dénoncent le fait d'évoquer la robe d'un vin, ou de qualifier de « masculin » un vin puissant, voire agressif, et de « féminin » un vin plus fin, élégant, floral. Leur volonté est de « déconstruire » l'art de la dégustation.


Mais au delà de ces batailles sémantique, « la perspective féministe » proposée semble surtout reposer sur la volonté d'exclure les hommes, dont la seule présence, constitue un problème pour Delphine Aslan.


« Un homme, même "très gentil", peut suffire à intimider ».


Cette dernière assume ainsi d'organiser des « soirées ouvertes à tout le monde sauf aux hommes cis », c'est-à-dire aux hommes nés hommes qui se sentent toujours hommes.


Lorsque le quotidien Libération lui demande si « elle a déjà eu des reproches concernant le choix de la "mixité choisie" ? » elle répond « on m’a déjà demandé d’accepter exceptionnellement la présence d’un homme lors d’un atelier, en arguant notamment qu’il était « très gentil ». Je le conçois tout à fait mais je tiens à respecter mon principe jusqu’au bout. Un homme, même « très gentil », peut suffire à intimider. Sa seule présence peut enlever la spontanéité du groupe. Alors c’est bien s’il est « très gentil », mais dans ce cas, je l’invite à aller être « très gentil » ailleurs. »


L'art de l'euphémisme permet de parler de mixité choisie alors que c'est bien de discrimination dont il s'agit.





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